Voilà. Le jeu démocratique vient de promouvoir à la tête de l'Etat français un candidat qui, après avoir promis, dans un contexte socio-économique tendu, de passer les banlieues au karcher, a réaffirmé sa détermination à fixer des peines-plancher pour les "voyous multirécidivites" (cf le projet de loi présenté en 2004 par M. Estrosi qui reviendrait, à titre d'exemple, à infliger la peine automatique d'un an d'emprisonnement ferme pour un vol -d'enjoliveur, par exemple- après qu'une première infraction ait été commise -usage de cannabis, par exemple -ce qui ne correspond d'ailleurs en rien à la notion de multi-réciviste, mais nous ne sommes plus à ce détail près). Un candidat qui s'est longuement épanché sur la France qui travaille pour dénigrer l'assistanat qui a trop longtemps sévi, sur les Français qui se lèvent tôt, qui veulent travailler plus pour gagner plus. Un candidat qui a parlé avec emphase de la Nation et de son identité pour l'opposer à l'immigration au sein d'un ministère Janusien du même nom. Un candidat qui a blâmé l'irresponsabilité -aux plans moral et juridique- des juges et leur laxisme.
[Je suspends ce monologue un instant pour apporter trois précisions qui me semblent importantes à ce stade, quoique peut-être mal situées dans le texte -mais le lecteur éventuel de ces mots m'en excusera.
D'une part, je ne ressens aucun sentiment corporatiste, car les relations entre la question de l'indépendance et de la qualité de la justice sont trop importantes pour que des considérations d'appartenance professionnelle ou de solidarité de corps ne s'en mêlent; je pense également qu'il en va de l'impartialité et de la crédibilité de la justice de se garder d'affichages politiques.
D'autre part, à titre personnel, je ne témoigne là d'aucune obédience politique, si ce n'est que je ne me reconnaîs dans aucune position radicale, de droite comme de gauche
Enfin, j'ai précisé ma profession car c'est à travers la réflexion et l'expérience qu'elle m'a donnée que je prends la mesure des inepties proférées par ce candidat].
Un candidat, donc, qui, peu soucieux il me semble de l'efficacité des sanctions (contrairement à ce que les titres-slogans de ses réformes tendent à faire croire), envisage toute problématique à travers un axe réducteur, dangereux, populiste. Les voyous et les victimes. Les parents qui, dépassés en réalité par leurs difficultés personnelles, doivent être sanctionnés si leur enfant dévie de la norme -scolaire, sociale, culturelle. Les travailleurs et les fainéants.
Un candidat qui ambitionnait de détecter les troubles de comportement précoces chez l'enfant en bas âge, pour lutter, là encore, contre la délinquance en en identifiant les facteurs.
Un candididat qui a déclaré qu'on naît pédophile, en dévoilant de subtiles opinions sur la génétique, décriées presque unanimement par les scientifiques. Et qui, lorsque des journalistes lui ont soumis ces critiques, a répondu "mais c'est extraordinaire, qui peut dire aujourd'hui que c'est un comportement normal?".
Un candidat qui se retrouve aujourd'hui face à des contempteurs pour lesquels sa victoire -son plébiscite?- est liée tantôt à la trop grande libéralisation de la gauche, tantôt à son incapacité à se moderniser.
Ma réaction immédiate, peut-être temporaire, est de lancer un blog dans le cyber-espace, sans interlocuteur identifiable, parce que je suis inquiète, triste, un peu en colère.
Ensemble, tout devient permis.
Des propos qui, dans ma logique, étaient rédhibitoires et devaient scandaliser, soulever une immense vague de réprobation, ont suscité une immense victoire.
Des applaudissements.
Je le respecte, évidemment, est-il besoin de préciser que je respecte la démocratie ? Mais je ne le comprends pas. Chacun est libre d'avoir ses opinions, mais comment accepter qu'elles soient incarnées par de dangereuses caricatures aux effets pervers?
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